Archive | 21 mai 2016

L’homme du verger d’Amanda Coplin

9782264058362Je ne dirai pas que je suis enthousiaste à la lecture de ce livre, je ne dirai pas non plus de lui « à lire absolument ». Cependant, il ne me laisse pas indifférente, loin de là. Quelque chose en lui m’attendrit et me chiffonne.

Avec L’homme du verger, Amanda Coplin touche chez moi certaines cordes sensibles comme, par exemple, l’importance de la famille, en contraste dans ce roman avec la véritable solitude. La violence et la douleur s’opposent ici à l’incroyable lenteur – celle du rythme des saisons – à la douceur des lieux, et du propriétaire du verger.

Je me suis intéressée à Amanda Coplin et j’ai découvert qu’elle a réellement grandi dans la vallée de Wenatchee et qu’elle s’est inspirée de la vie de sa famille pour écrire cette histoire. Elle a été initiée par son grand-père aux soins qu’exigent les arbres fruitiers, ceux-là mêmes dont s’occupe, avec une certaine tendresse, le personnage principal de l’histoire, Talmadge. Cet homme généreux et bienveillant vit en harmonie avec la nature et se consacre à son verger.

Talmadge se suffit à lui-même, dévoué à ses arbres nourriciers, dans un paisible environnement. Sa mère est morte alors qu’il était adolescent, le laissant seul face à la vie, seul pour s’occuper de sa petite sœur, dont il ne peut oublier, ni même comprendre, la cruelle disparition. Caroline Middey, herboriste et sage-femme et Clee, l’indien dresseur de chevaux, sont ses deux amis de toujours, ceux sur qui il peut compter sans réserve, ceux qui l’accompagnent jusqu’au bout de cette histoire.
Sa vie est totalement bouleversée le jour où deux toutes jeunes filles enceintes lui dérobent quelques-uns de ses fruits. Étonnamment, Talmadge, plutôt que s’indigner ou fulminer comme l’aurait fait n’importe qui, les laisse partir, et même continue de les nourrir, jusqu’à les apprivoiser. Ce mot « apprivoiser », je l’utilise sciemment, car c’est exactement cela qu’il s’évertue à faire tout au long des pages, faire abandonner l’hostilité et les réticences de deux petites sauvageonnes, Jane et Della, déjà abîmées par la vie, déjà démolies par un homme. Un certain équilibre se retrouve ici, car Talmadge, lui, déborde justement d’une tendresse accumulée, jamais témoignée à personne. Il use alors d’une extrême patience et d’une bienveillance infaillible pour gagner la confiance des deux enfants qui attendent des enfants.

Un peu de patience il nous faut à nous aussi, lecteurs de ce beau roman : ne vous attendez pas à des confidences ou épanchements de la part des personnages, le silence fait partie intégrante de leur système de vie ! Pas de mots superflus, pas d’aveux, repli sur soi et réserve sont les maîtres de ce verger isolé, un peu à l’image des plantes qui y poussent… L’auteur nous laisse le soin de deviner, de ressentir nous-mêmes ce qui se passe, d’user de toute l’empathie dont nous sommes capables…

Seulement, c’est ce silence, de mon point de vue, qui est responsable et qui engendre toutes les circonstances qui font qu’il se passe ce qui se passe… La fin du roman part sur les chapeaux de roues et les faits, soudain, s’accélèrent. Tout va trop vite tout à coup… je me sens frustrée, avec le sentiment désagréable que l’histoire n’est pas finie, qu’il manque quelque chose.

Quatrième de couverture
À l’aube du XXe siècle, dans une région reculée le long de la côte pacifique des États-Unis, Talmadge prend soin de ses arbres fruitiers. Depuis près d’un demi-siècle, cet homme mène une existence apaisée, rythmée par les saisons des fruits. Jusqu’au jour où deux jeunes filles farouches et abandonnées font irruption dans son domaine… Leur arrivée bouleversera définitivement la vie de ces personnages, les rappelant à leurs douloureux passés. Retraçant l’histoire des êtres liés à ce verger, Amanda Coplin bâtit un récit d’une étonnante maturité littéraire, où l’épique se mêle à l’intime.