Pour un enfant de Marie-Laure Bigand

L’enfant de Sandra est morte… et enterrée. Sandra s’accroche à la vie, juste par cet instinct de survie qui nous anime tous, et se manifeste quand il s’agit de ne pas mourir. Jusqu’à ce coup de fil complètement inattendu qui l’étourdit et la déconcerte au plus au point, en plein milieu de la nuit. La jeune mère endeuillée choisit d’écouter son cœur et son intuition, elle se persuade alors de mener sa barque toute seule, déterminée et prête à lutter contre ceux qui voudront s’opposer à ses décisions. Sandra ne recule devant rien et va jusqu’au bout, nous emmenant avec elle de rebondissements en rebondissements… Marie-Laure Bigand pousse la femme de ce récit jusqu’au plus profond de ses émotions les plus intenses.

Difficile de vous confier un résumé sans dévoiler certaines choses qu’il serait dommage de révéler, sous peine de gâcher votre lecture…

Quatrième de couverture :
Confession d’une mère qui ne cesse de croire… Prête à tout sacrifier, elle met de côté ses rêves et se lance dans la lutte face au désastre de la disparition de son enfant, moteur principal du récit, submergée par le pouvoir hypnotique de son amour pour sa fille. L’auteur dessine avec force le portrait d’une femme dont la conscience s’éveille et lui permet de triompher de sa peur.
Un livre saisissant, émouvant et angoissant à la fois. Une parole, un geste, des personnages atypiques, tout concourt à créer une atmosphère unique.
Marie-Laure Bigand grâce à son souci du style, qui se veut constant, nous entraîne dans une enquête passionnante où l’action menée rapidement réussit à échapper aux images type du roman à énigme.

Du sang sur les nains de Jean Martinez

Destiné aux enfants à partir d’environ 10 ans, ce roman policier champêtre est peuplé de petits êtres qui hantent les jardins comme des esprits malins. Leurs exploits raviront les jeunes lecteurs et leur procureront sans aucun doute, comme à moi, plaisir et joie ! Parce que oui, en effet, j’ai particulièrement apprécié la lecture de ce livre : Samy croit à la légende du nain d’or. Son père, Charlie, est reporter pour un hebdomadaire régional, où lui-même est stagiaire pour trois semaines… trois semaines d’aventures bien singulières qui vous happeront dans leur délire.

Une jolie histoire, peuplée de ces petits gnomes qui portent si fièrement leur bonnet. Ils existent depuis un temps indéfini et se plaisent dans les jardins. Gare, paraît-il, à ceux qui maltraitent un nain de jardin, et pourtant, c’est ce qui arrive à ceux-ci… et le suspens est au rendez-vous ! avec ce petit brin d’humour de l’auteur Jean Martinez, l’amusement est garanti.

La quatrième de couverture :
A Mortemart se succèdent des disparitions insolites : les victimes sont des nains de jardin ! Samy se penche de près sur ces vols mystérieux. Ses recherches le mènent à la fameuse légende du nain d’or, au grand maître Triboulet, et à une charmante foraine, étrangement impliquée dans l’affaire…

Noces de glace de Mikaël Ollivier

Il s’agit ici d’une affaire criminelle bien plus subtile qu’une enquête ordinaire : le souvenir hante chacun des personnages présents dans l’histoire, autant le jeune gendarme, Martin Le Kerrec, qui mène les investigations, que les suspects ou les autres personnages. L’auteur nous emmène avec une extrême habileté dans un roman qui s’avère captivant. Simplement de mon point de vue, en toute humilité, Mikaël Ollivier n’a pas créé un univers précis autour de son récit, comme le fait si bien Murakami par exemple. Cela n’enlève cependant rien à la narration.

Mon résumé :
C’est le cadavre d’un jeune garçon, disparu depuis quinze ans, que l’on retrouve dans la vallée de Chamonix. Il a fait une chute mortelle à l’âge de vingt ans, dans une crevasse en haute montagne. Lorsqu’on le découvre, il a le même visage qu’à l’époque, et cela rend sa mère folle de douleur. Surtout qu’elle recevait régulièrement des courriels de son fils, qu’elle croyait en vie, parti loin d’ici… De suspicions en non-dits, de mensonges en faux-semblants, l’auteur nous guide, sur une tonalité convaincante, vers un secret de famille déroutant, et même assez choquant.

La présentation de l’éditeur :
Un craquement lugubre et le sol se dérobe sous les crampons des quatre alpinistes. A l’aube, les hélicoptères des secouristes dansent un inquiétant ballet au-dessus du glacier du Tour. Les lignes de sonde se mettent en place, les chiens d’avalanche font leur travail. Trop bien peut-être ? Ce ne sont pas quatre, mais cinq corps que l’on sort de la neige. Exilé dans la vallée de Chamonix pour fuir un passé qui le hante, le lieutenant Le Kerrec est chargé d’éclaircir l’énigme. La mort de l’inconnu des glaces et l’assassinat sauvage, quinze ans plus tôt, d’un joaillier et de sa femme seraient-ils liés ? Secrets de famille, mensonges collectifs, destins volés, meurtres barbares, il faudra au jeune officier de la Brigade des Recherches déployer des trésors d’humanité et d’obstination pour ne pas sombrer sous le poids d’une enquête qui réveille ses propres démons… Un suspense angoissant où l’on retrouve la marque de l’auteur de Trois souris aveugles, prix Polar 2003.

Hommes entre eux de Jean-Paul Dubois

Il s’agit ici d’hommes vieillissants, seuls et désespérés. La mort n’est pas loin, l’atmosphère est tendue, l’intrigue réfléchie, la chute pour le moins inattendue, ouverte à toutes sortes d’interprétations.
J’ai lu ce livre habitée par cette idée que la mort, jamais, ne vous oublie ; saisie par ces deux personnages, l’un désemparé, épuisé par la maladie, l’autre solide et plein de vie. La dernière scène est particulièrement puissante, seulement je ne peux décemment rien en dire, pour vous la laisser découvrir. Simplement je vous retranscris une réplique d’un des personnages de Dubois : « Vous avez vu ce que vous avez vu. Maintenant pensez ce que vous voulez. »

C’est un bon roman, avec une analyse fine et subtile des sentiments humains.

Mon résumé
Paul est gravement malade, il sait que la mort est proche. Il veut à tout prix retrouver une femme, sa femme, pour savoir pourquoi elle l’a quitté il y a trois ans, sans aucune explication. Il part au Canada, pour une ultime rencontre avec l’ancien amant d’Anna, un bûcheron vivant reclus dans les bois et se retrouve avec lui prisonnier d’une violente tempête de neige. Les voilà contraints à une drôle de cohabitation. Floyd, l’amant, est un homme calme qui vit de chasse à l’arc et de pêche. Ours solitaire, trappeur au milieu de nulle part, il est à la fois simple et vaguement étrange : il vit grâce à un cœur greffé, celui d’un assassin mort en prison.

Nous voilà portés par la beauté des paysages du grand Nord canadien, et par l’affrontement des deux amants délaissés, guidés vers cette part animale qui gît au fond de chacun d’entre nous.

La quatrième de couverture
Un Français et un Canadien se croisent dans le Grand Nord. Le temps d’une tempête de neige et d’une partie de chasse se tissent entre eux, dans un chalet rouge, de mystérieux liens. Ont-ils été amoureux de la même femme ? Un huis clos étouffant et libérateur où la proie n’est pas là où on le pense…

La folle allure de Christian Bobin

Vous aimez la poésie ? Alors ce petit roman est pour vous. Il y a environ un an, mon amie Élise l’a mis entre mes mains. Le regard scrutateur que l’auteur porte sur les choses de la vie, sa passion du détail, la précision avec laquelle il transmet son analyse des sentiments me donnent l’envie de présenter « La folle allure ». A mon humble avis le meilleur de Bobin, en tous cas mon préféré. C’est un peu comme une grande nouvelle, tout à la fois légère et grave. Un style exquis, tout en poésie donc, avec une pointe d’élégance et de délicatesse. Lisez-le, et comme le dit si bien la petite fille de l’histoire : « on verra bien ! ».

Je ne trouve pas de résumé qui me convienne, et je trouve difficile d’en écrire un moi-même. Je peux juste dire : c’est rayonnant, c’est fluide, c’est touchant, ça s’envole et ça redescend. On lit et on ne s’arrête pas. « La folle allure » est l’histoire d’une petite fille qui vit dans un cirque. Elle contemple le monde de ses yeux d’enfant. Et comme vous le savez, les yeux d’enfant ça voit les choses telles qu’elles sont vraiment, la vérité vraie, à l’état brut. A la place du résumé, je vous livre deux petits extraits. Le premier, c’est tout simplement l’incipit. Celui qui m’a emmenée et que je reconnaîtrai, même dans dix ans :

Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu’à mon cœur de petite fille où il fait son trou, son nid, sa tanière. Il y est encore à l’heure où je vous parle. Aucun n’a su prendre sa place. Aucun n’a su descendre aussi loin. J’ai entamé ma carrière d’amoureuse à deux ans avec le plus fier amant qui soit : les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l’être. Mon premier amour est un loup. Un vrai loup avec fourrure, odeur, dents jaune ivoire, yeux jaune mimosa. Des taches d’étoiles jaunes dans une montagne de pelage noir.

Un second extrait :
Ma mère est folle, je crois. Je souhaite à tous les enfants du monde d’avoir des mères folles, ce sont les meilleures mères, les mieux accordées aux cœurs fauves des enfants. Sa folie lui vient d’Italie, son premier pays. En Italie, ce qui est dedans, ils le mettent dehors. Leur linge à sécher et leur cœur à laver, ils mettent tout à la rue sur un fil entre deux fenêtres, et ils font l’inventaire plusieurs fois par jour, devant les voisins, dans un interminable opéra de cris et de rires. En apparence c’est gai – en apparence seulement. Les Italiens sont tristes, ils imitent trop la vie pour l’aimer réellement, ils sentent la mort et le théâtre : c’est mon père qui dit ça quand il veut mettre ma mère en rage. Le pays de mon père, j’ignore comment il s’appelle. Le pays de mon père c’est le silence. Mon père c’est tous les hommes quand ils rentrent le soir à la maison. Des taciturnes. Des sans-mot. Mon père est comme un loup : le feu qui coule dans ses veines remonte aux yeux, et rien pour les lèvres.

La quatrième de couverture
Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge.

Les autres d’Alice Ferney

Savez-vous ce que je pense de vous ; sais-je ce que vous pensez de moi ? Me percevez-vous comme je suis vraiment ; et moi, suis-je dans la vérité quand je pense sur vous ?
Toute la réflexion de « Les autres » repose sur ces questions un peu gênantes, à travers un jeu de société. Les pensées les plus secrètes de chacun des personnages sont mises à nu d’une façon tout-à-fait originale, puisque les deux premières parties s’approchent d’une pièce de théâtre, et je m’étonne même que cette histoire ne soit pas théâtralisée. (à moins qu’elle le soit ?) Pas besoin de réécriture : un jeu de société sur une table, des gens autour, et un public.

Ce roman intimiste vous révélera d’étonnants passages traitant de la psychologie humaine et peut-être même aurez-vous, comme moi, envie de le relire. Les réflexions si judicieuses de l’auteure m’ont absorbée pleinement. Ses observations sur la vieillesse et la mort, à travers l’omniprésence d’une mère âgée qui ne joue pas et reste couchée, par exemple sont, de mon point de vue, particulièrement émouvantes. Je dois signaler que ce roman s’inspire d’un jeu qui existe vraiment ! Je ne conseille cependant pas d’y jouer…
Alice Ferney, dans son style bien à elle, raconte, avec les mots simples de tous les jours, des choses plutôt complexes que ses personnages auraient de loin préféré garder secrètes, au plus profond d’eux-mêmes.

Le résumé du livre :
Lors d’un repas en famille et entre amis pour l’anniversaire de Théo, le fils cadet, son frère Niels lui offre un jeu de société : Personnages et caractères. C’est l’occasion pour chacun de se découvrir à travers le regard des autres dans le cadre d’une expérience qui risque de ne laisser personne en ressortir indemne. Le livre se divise en trois parties qui relatent de façons différentes un même épisode : « Choses pensées » nous donne accès aux pensées de chacun des personnages, « Choses dites » se concentre sur les paroles de chacun et « Choses rapportées » où la scène est perçue par le biais d’un narrateur omniscient.
Caractère : n. m. Manière habituelle de réagir, propre à chaque personne. Et juste en dessous : Personnes susceptibles s’abstenir. Voilà ce qui était écrit en gros sur le couvercle. Ce jeu a reçu une récompense au Festival international des nouveaux jeux de société. Je ne m’arrête pas à ce détail positif, j’imagine le chambardement qu’il peut susciter dans notre groupe. Un jeu de miroir tient nos relations dans le monde des ombres et des reflets. Personnages et Caractères propose d’éclairer cet imbroglio. Mais justement, faut-il faire la lumière ? Je suis de l’avis de Fleur : c’est prendre des risques. Théo lit la règle du jeu avec un sérieux d’enfant. On dirait que lire à voix haute le protège de comprendre ce qu’il annonce. Et Niels s’amuse, se frotte les mains, il assistera en direct à une expérience psychologique. C’est bien digne de lui d’avoir offert ce cadeau.

La quatrième de couverture :
« Théo fête ce soir ses vingt ans et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissance. Rien sinon le jeu de société que son frère aîné lui offre, qui révélera à chaque participant la façon dont les autres le perçoivent, menaçant de remettre en cause l’idée qu’il se faisait de lui-même et des sentiments réciproques l’attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusque-là soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance… et nul ne sortira indemne de la soirée. »